Ingénierie industrielle

 

 

 

Lors de sa réunion de décembre 2008, le Comité Stratégique AFNOR "Ingénierie industrielle, biens d'équipement et matériaux" a organisé un échange sur les éléments de partenariat entre donneurs d'ordre et sociétés d'ingénierie.

Le débat s'est appuyé sur les témoignages des sociétés PSA et TOTAL d'une part, et d'ASSYSTEM et JACOBS d'autre part.

Martine Harvier a rappelé que le contexte automobile se caractérise par une forte concurrence mondiale, des contraintes croissantes sur les consommations et émissions des véhicules, et une réglementation importante. 80% du prix de fabrication d'un véhicule concerne les pièces contre 20% seulement pour le montage. La garantie du véhicule est un élément important de concurrence. Ainsi, un axe important pour PSA concerne les coûts d'acquisition des composants et leur fiabilité dans le temps. Un plan de compétitivité a été mis en place à l'attention des fournisseurs, équipementiers et sociétés d'ingénierie qui repose sur une optimisation du cahier des charges, la définition de responsabilités, les étapes clés des projets et les livrables associés, les formats d'échange.

Les projets d'unité de raffinage TOTAL, réalisés sur plusieurs continents, doivent tenir compte des conditions géographiques et réglementaires des sites, avec pour objectif de garantir un niveau de disponibilité sur la période de fonctionnement, la maîtrise des coûts, les délais de réalisation et d'exploitation. Ces projets sont de plus en plus réalisés en partenariat. Pour Philippe Février, l'établissement d'un langage commun devient donc indispensable. Les sociétés d'ingénierie interviennent aux étapes de conception, fabrication et essais, pour lesquelles TOTAL a développé des spécifications référençant les réglementations, normes et standards, et des clauses particulières (prenant notamment en compte les objectifs de fiabilité et longévité et les spécificités techniques des unités de raffinage). L'application de ces spécifications étant a priori obligatoire, il est important que des spécialistes participent à leur élaboration. La relation avec les sociétés d'ingénierie, dans le secteur du raffinage où les procédés sont connus, sont des relations classiques donneurs d'ordre/fournisseurs. Dans le secteur plus innovant de l'exploration/production, des co-développements voient le jour.

La société d'ingénierie ASSYSTEM travaille dans les secteurs de l'aéronautique, de la défense, de l'énergie et de l'automobile, tant dans la définition des produits que des process. Une des premières tâches, comme l'a souligné Jean-François Riaute de la division Aerospace, est de comprendre, traduire et apporter une réponse aux besoins exprimés par le client. Ainsi, dans le cadre d'un partenariat avec SNECMA sur la période 1998-2006, 3 phases ont été mises en œuvre: une phase d'apprentissage de la documentation interne de l'entreprise afin de mettre à jour les plans et les calculs des pièces, une phase de conception à partir des spécifications client en utilisant ses outils et méthodes qualité ; une phase pilotage et de supervision de sous-traitants de rang 2 et d'autres divisions d'ASSYSTEM.

JACOBS est une société d'ingénierie qui emploie 50 000 personnes dans le monde (Europe-Asie-Etats-Unis). Ses secteurs d'intervention sont la défense, l'aéronautique, le bâtiment et les infrastructures, la chimie, la pharmacie, les biotechnologies. Daniel Albertelli précise que le raccourcissement des délais de mise sur le marché est un point commun à tous ces secteurs, qui demandent donc aux sociétés d'ingénierie d'optimiser les processus pour atteindre cet objectif. Classiquement la relation repose sur des contrats cadres qui précisent les performances attendues : disponibilité, mobilisation de compétences, externalisation, optimisation des coûts de possession, confidentialité. JACOBS a également développé des contrats d'alliance qui favorisent un enrichissement mutuel, mais prévoient une mise en concurrence au bout de trois à cinq ans.

Le développement de ces approches multi-partenaires et multinationales a amené le syndicat professionnel SYNTEC Ingénierie et son homologue européen, l'EFCA, à solliciter de nouveaux travaux de normalisation, dans le cadre du CEN, sur les services de conseil en ingénierie.
Jean Félix précise que les deux volets de la construction et de l'industrie devraient être pris en compte pour établir un langage commun. Cette demande traduit la maturité du conseil, en ingénierie apparu dans les années 1980 avec l'externalisation de certaines fonctions de l'entreprise, et qui développe aujourd'hui des approches méthodologiques pour prendre en charge des prestations globales. Au-delà de cette démarche spécifique, l'implication des sociétés d'ingénierie dans la définition des normes de produits et de process de leurs secteurs clients apparaît comme une évolution incontournable.

 


Crédit photo : Total – Patrick Boulen

 

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