L'UNM, en étroite collaboration avec ses membres, assure une fonction de veille et d'alerte sur les thématiques émergentes qui peuvent influencer la normalisation en mécanique. Leur prise en compte a alimenté le débat de son comité d'orientation réuni début décembre 2011.
Les réflexions du comité d'orientation UNM se sont organisées autour de trois axes prospectifs portant sur des aspects technologiques, sociétaux et organisationnels.
Pascal Souquet, CETIM, a présenté l'étude "Technologies
prioritaires 2015 en mécanique", conduite par le CETIM, en partenariat
avec la FIM, le CETIAT et l'Institut de Soudure, et en parallèle avec
l’exercice "Technologies Clés" du ministère de l’Industrie. Son
objectif est d'identifier les technologies dont la maîtrise permet aux
entreprises mécaniciennes d'obtenir ou de maintenir un avantage compétitif. Il
peut s'agir de technologies diffusantes, celles dont la diffusion se révèle
stratégique pour la compétitivité du secteur, ou de technologies émergentes ou
d’avenir, qui présentent un potentiel de développement.
L'étude a suivi une démarche de réponse technologique aux besoins sociétaux (défis de la démographie, du développement durable, de la mobilité, du progrès médical, de la société numérique), déclinés pour les entreprises de la mécanique ; deux approches ont été croisées (approche "Market pull" et approche "Technology push"), pour sélectionner les technologies les plus importantes.
41 technologies prioritaires ont ainsi été réparties en 7 briques interdépendantes. Pour chacune d'entre elles, une fiche détaillée décrit le périmètre de la technologie et les principales filières de marché concernées ; elle en présente les difficultés techniques ou financières, et les principaux impacts sur la performance, les produits ou la pérennité de l'entreprise ; elle précise le niveau de maturité de la technologie et les prospectives 2015 et 2020.
En fonction de l’état de l’art, ces technologies peuvent donner lieu à des déclinaisons normatives concernant les définitions, les méthodes d’essai, de qualification, d’évaluation de performances, en prenant soin de ne pas créer un frein à l’innovation dans le secteur concerné, ou faire l’objet de veille en vue de favoriser l’appropriation et l’intégration de ces technologies nouvelles, tout en étant attentif aux initiatives engagées à l’étranger afin de préserver la place des industriels français dans le concert international.
Pour illustrer ses propos, Pascal Souquet a pris l’exemple de quatre technologies, dont deux technologies diffusantes, pour lesquelles des travaux de normalisation sont en cours : il s’agit de la fabrication additive et du tolérancement inertiel. Dans le premier cas, les projets étudiés dans la commission UNM 920, à la demande de deux pôles de compétitivité mécaniciens EMC2 et VIAMECA et de la FIM, ont permis aux acteurs français de se positionner en bonne place dans le nouveau comité technique ISO créé sur initiative allemande ; dans le deuxième cas à la demande d’un pôle de compétitivité (Arve Industrie), des travaux de recherche d’un laboratoire universitaire français, validés par la commission UNM 08, ont pu être valorisés à l’ISO.
Les deux autres exemples concernent les procédés et machines de fabrication pour les composites, et ceux pour l’assemblage multi-matériaux. Les enjeux industriels sont importants en termes de gain de poids, nouvelles fonctionnalités, coût matières premières, etc. Ces procédés sont en phase d’industrialisation, et il faut donc passer de la problématique "conception" à la problématique "outil de production". A ce stade, la normalisation s’avère être un outil efficace pour diffuser la connaissance sur ces procédés et mettre en place des méthodes de qualification des modes opératoires, de description des performances attendues des machines, de spécification de la qualité du produit.
Le thème "Responsabilité sociétale des organisations (RSO) " a été présenté par Philippe Contet, qui a rappelé que lors de l’Assemblée général de l’UNM en 2011, Georges Jobard, Vice Président de la Fédération des Industries Mécaniques, a suggéré de réfléchir à une déclinaison mécanicienne de la norme ISO 26000.
Pour les organisations, la perspective de réussite durable signifie non seulement de fournir des produits et services qui satisfont les clients sans porter atteinte à l’environnement, mais aussi d’opérer de façon socialement responsable. La réalité et la perception de la performance d’une organisation en matière de responsabilité sociétale ont une incidence sur ses avantages concurrentiels, sa réputation, sa capacité à attirer et retenir clients et salariés, la motivation et la productivité de ses salariés, la vision des propriétaires, investisseurs de la communauté financière, ses relations avec les fournisseurs, les pairs, les médias, les pouvoirs publics, …..
La norme ISO 26000 s’attache à établir une compréhension
pertinente au niveau mondial de la responsabilité sociétale ainsi que les
principes sur lesquels elle repose ; elle est destinée aux organisations de
tous types, dans le secteur public et le secteur privé, les pays développés et
en développement ; elle fixe un cadre commun et des repères pour intégrer
la responsabilité sociétale dans l’activité des organisations et leur
gouvernance, en impliquant les parties prenantes.
Ainsi, les organisations sont invitées à articuler leur démarche autour de sept questions centrales déclinées dans 44 domaines d’actions; pour lesquels elles doivent fixer leurs priorités. Les questions centrales concernent la gouvernance de l’organisation, les droits de l’homme, les relations et les conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, les communautés et le développement local.
La RSO est un vecteur important du développement durable ; de plus en plus d’organisations afficheront leur engagement dans ce domaine et demanderont à leurs partenaires, un engagement de même nature. L’ISO 26000 reste toutefois un document conceptuel, universel, peu aisé à mettre en œuvre concrètement ; les PME basées principalement en France sont concernées par un nombre restreint de domaines d’actions, et de nombreuses démarches quotidiennes des entreprises répondent déjà aux principes énoncés. Les interactions avec la législation sont nombreuses et délicates.
Question est donc posée d’élaborer un document sectoriel qui limiterait les actions aux thématiques pertinentes pour les PME du périmètre considéré, évitant des contraintes trop théoriques, et pouvant aider les chefs d’entreprises à montrer leur pro-activité en matière de RSO et répondre ainsi aux éventuelles sollicitations extérieures. Il est noté que des démarches normatives similaires sont initiées dans les professions de l’agro-alimentaire et de la communication, que l’aéronautique a engagé des réflexions centrées sur ses spécificités, et que l’UIMM développe également des actions dans ce domaine.
Autre axe de réflexion : le démantèlement des installations industrielles. Danielle Koplewicz a abordé cette problématique, en écho à la suggestion d’une partie prenante aux travaux de l’UNM.
Le démantèlement intervient en cas d’arrêt total d’exploitation, ou en cas de modification ou de réorganisation d’une installation. Les sites concernés peuvent être des installations industrielles, mais aussi des usines d’incinération, des éloliennes, des installations nucléaires, etc. Des questions se posent notamment en matière de déconstruction de l’outil industriel et des installations techniques, de création d’accès, de fixation d’éléments de manutention ou de levage, de construction d’installations temporaires, de mise en sécurité de circuits, de traitement de déchets, de désamiantage.
L’apport de la normalisation pourrait être, dans un premier temps, de proposer une norme cadre applicable au démantèlement, identifiant les textes existants qui peuvent être appliquées et fixant les règles de l’art pour les constructions destinées au démantèlement.
Le comité d’orientation de l’UNM a reconnu la pertinence de ces nouvelles thématiques. Il a engagé les commissions de normalisation à utiliser l’ouvrage "Technologies prioritaires 2015 en mécanique" comme source de réflexion dans leur démarche d’identification des pistes de veille normative, et d’ouverture de nouveaux sujets de normalisation, et a demandé à l’UNM de poursuivre l’instruction des nouveaux champs de normalisation pour engager les travaux correspondants.
Pour plus d’informations, vous pouvez vous adresser à info@unm.fr
Toute la normalisation mécanique sur: http://www.unm.fr