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90 ans de normalisation
Juillet  2017

Tout au long de cet ouvrage, la norme est présentée comme un vrai levier de compétitivité. Les témoignages qui figurent en introduction confirment que la normalisation contribue à porter les entreprises françaises à l'international. C'est aussi une histoire d'hommes et de femmes au service de la mécanique que raconte Danielle Koplewicz, ancien directeur technique de l'UNM et auteur de cet ouvrage. Pour le faire découvrir à un public venu nombreux fêter les 40 ans de l'UNM, quatre jeunes collaborateurs de l'UNM ont échangé avec elle autour des réflexions issues de leur lecture.

Le fait le plus marquant : la nouvelle approche

Parmi les nombreuses évolutions qui ont impacté l'activité de normalisation, la naissance d'un marché unique a conduit à faire travailler ensemble les experts européens. Confrontés à une obligation de résultat, Français et Allemands ont dû oublier, dès les années 1990, leurs traditionnels désaccords et s'entendre sur des solutions communes. Un changement radical puisqu'il fallait écrire un texte en lien étroit avec la réglementation qui allait se substituer à la norme NF et à la norme DIN. C'est la création d'une véritable culture technique européenne.

La norme volontaire : un gage de consensus

Le mot "norme" a plusieurs significations. Dans le langage courant, c'est la règle. On parle aussi de la hiérarchie des normes, alors qu'il s'agit des normes juridiques. Il y a les normes volontaires qui sont des documents de référence établis de façon consensuelle.

Au moment de la création d'AFNOR, dans les années 1920, il y a eu un long débat sur le nom à donner aux textes qui allaient être produits : standard ou norme ? "Standard" a été écarté car il donnait trop l'impression de banalisation. Mais "standard" c'est aussi synonyme d'"accord professionnel" qu'il ne faut pas confondre avec les normes volontaires. Ces standards peuvent émaner des syndicats professionnels, de consortia ou des organismes de normalisation eux-mêmes. Ils concrétisent l'accord obtenu entre les seuls membres de ces organismes et ne sont pas soumis à une enquête publique. Ils n'ont pas vocation à donner présomption de conformité à la réglementation.

Normes : reflet de l'état de la technique et des règles de l'art ?

L'état de la technique rassemble les connaissances existantes dans un domaine donné ; c'est le résultat de la R&D qui peut déboucher sur des brevets. La norme doit en tenir compte, mais elle doit aussi se préoccuper des aspects de faisabilité et des contraintes économiques.

En ce qui concerne les règles de l'art, la norme recherchera à s'en rapprocher au mieux au moment de son adoption, mais par la suite elle risque d'être en décalage si elle n'est pas mise à jour régulièrement.

Le bon moment pour normaliser

Une normalisation trop précoce peut être néfaste si elle a pour effet de stopper les activités de R&D des entreprises, qui attendent de disposer de la solution normalisée. C'est ce que l'on a constaté au début de la normalisation des échanges de données industrielles avec les normes STEP. En revanche, la normalisation est un formidable outil d'accompagnement de l'innovation. Elle facilite le transfert de technologie. Elle fournit des références en matière de terminologie, de méthodes de caractérisation, de mesure de performance, et renforce la confiance des clients en même temps qu'elle éclaire leurs choix. Un exemple récent est celui de la fabrication additive.

Face à la participation directe, la représentation nationale a toujours un sens

En cas de participation directe aux réunions internationales, le consensus ne s'établirait pas entre des enjeux nationaux mais entre les positions individuelles des parties en présence ; les acteurs économiques puissants se trouveraient en situation de force. Ce mode de participation sert davantage les intérêts particuliers que l'intérêt général.

Un atout fort du mode de représentation nationale est la recherche d'une position raisonnée et consensuelle au sein d'un comité national. Les propositions des autres pays sont analysées et prises en compte. Le comité national constitue un relai : tous ses membres reçoivent une information régulière sur l'évolution des travaux et sont invités à exprimer leurs avis et propositions.

Dans un univers mondialisé, très fortement concurrentiel, la normalisation contribuera d'autant mieux à la compétitivité et à la performance de l'économie française, que la stratégie à mettre en place et les dispositions opérationnelles auront été définies au niveau national.

Tout domaine peut-il être normalisé ?

Les thèmes de normalisation ont évolué au fil du temps. En mécanique, la normalisation dimensionnelle et géométrique a évolué en une normalisation des caractéristiques de qualité, puis de sécurité et enfin de prise en compte environnementale. On constate aujourd'hui des tendances fortes à étendre le champ de la normalisation aux domaines sociétaux qui font l'objet de choix politiques, ou aux comportements humains. On peut s'interroger sur la légitimité de la normalisation dans ces domaines. Il serait raisonnable, lorsqu'il s'agit de déterminer des besoins généraux, de prendre en compte les conditions de travail, ou d'agir sur les droits fondamentaux, que le recours aux normes techniques reste sous la maîtrise des pouvoirs publics.

La normalisation n'est ni rigide, ni lente, elle a la capacité de mettre en place des solutions innovantes

Les principes d'ouverture, de transparence et de consensus n'ont guère évolué. Déjà inscrits dans les textes fondateurs du CNM en 1927, ils ont été formalisés au fil du temps. L'opérationnel doit s'adapter à l'environnement économique et aux nouveaux moyens de communication, et tenir compte du retour d'expérience. L'ISO, le CEN, le système français de normalisation font évoluer régulièrement leurs règles.

Il faut aussi savoir innover. Des dispositifs existent, par exemple : encourager la recherche à utiliser la normalisation ; accompagner les utilisateurs à mettre en œuvre de nouveaux concepts (c'est le cas notamment des agences de maintenance) ; faciliter la prise en compte des normes dans l'enseignement.

Une approche différente selon les régions du monde : souvenir de réunion

Première réunion internationale sur la sécurité des robots. "C'était au Japon dans les années 1980. Il avait été demandé à chaque délégation de décrire les stratégies de sécurité en vigueur dans leur pays. La directive européenne n'était pas encore adoptée et en France, les décrets de 1980 s'appliquaient. Nous avons donc expliqué que pour éviter l'accès aux pièces en mouvement, des barrages matériels avec contrôle d'accès étaient installés autour du robot. Et les Japonais de répondre qu'ils traçaient sur le sol une ligne jaune à ne pas franchir ! On était loin de discussions détaillées sur les caractéristiques des protecteurs !"

 

Crédit photos : DR.

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